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Article sur Zeitgeist Protest – Africiné

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ARTICLE sur Zeitgeist Protest dans Africiné Magazine – par le critique Michel Amarger (16/04/2017):

« Son tir est régulier, précis, implacable. On pourrait dire explosif. Depuis 2010, Christophe Karabache dégaine un film par an, ciblé comme un long-métrage provocateur et pulsionnel. Après avoir longtemps fait feu à Beyrouth, sa ville, poudrière pour Dodgem, 2013, ou Lamia, 2014, il mine Paris avec Sadoum, 2015, et y revient avec Zeitgeist Protest, 2016. Des vues du Liban zèbrent l’histoire comme des coups de lames. Déchirants rappels des traumatismes du héros.

Omar est un Libanais oppressé, qui dilapide son temps à Paris et ses bars. Il traîne dans sa petite chambre, respire souvent à l’aide d’un inhalateur de poche, et se touche le coeur qui se serre trop fort. Même la visite d’une prostituée à domicile ne l’apaise pas. Omar se débat dans un mal-être, hérité de son enfance au Liban. Tout semble ressurgir plus fort avec l’arrivée inopinée de sa cousine Youmna.
Elle a laissé son mari et son fils pour faire un break. Respirer elle aussi, hors du creuset de Beyrouth. Lassée d’être mère, épouse sage, elle vient se cogner à son cousin préféré comme une échappatoire. Leurs étreintes, leur corps à corps, sont presque animaux. Ils s’attirent, se repoussent, se jettent les frustrations au visage comme des couteaux. Lui, toujours miné par l’explosion qui a décimé ses parents dans sa jeunesse, elle par le poids d’une société trouble.

Le sursaut vient du départ, en voiture, vers l’ailleurs. Les routes qui se déroulent loin de Paris, vers la côte normande, la mer toujours recherchée, impalpable et purificatrice, mouvante. Comme celle qui lèche les côtes libanaises. En chemin, plane l’idée de faire un coup, braquage rêvé depuis longtemps. Un mafieux mystérieux mais reconnu, surgit en route, impose sa violence à Youmna.
En retour, celle d’Omar explose comme une délivrance, relative mais consistante. En bout de course, encore un corps à corps, ultime. Miné à son tour par les échos de la violence du monde, échos de manifestations comme un rappel nocturne, éclats des rondes de police comme un rappel diurne. Les jours restent menaçants, les voitures des pièges, les départs à recommencer.

Zeitgeist Protest est ainsi émaillé de « l’esprit du temps » et de sa contestation, selon la traduction de son titre, tiré de l’allemand. Référence possible à la posture des personnages de Rainer Fassbinder des années 70. Mais pour Christophe Karabache, la révolte est une pulsion ambiguë, destructrice, nécessaire, organique. Elle se tord et se débat dans les convulsions des personnages. Ici, un couple de cousins blessés. Lui, empêtré dans son passé explosé, elle, en rupture de famille établie. Les liens de sang les rapprochent, les opposent, les dépassent, rattrapés par leurs corps en effusions.
Christophe Karabache observe la tension qui monte, s’installe, par de longs plans attentifs, caméra douce et caressante, comme une pause avant l’explosion des sens. Les acteurs se jettent les uns contre les autres comme pour se chauffer, s’échauffer, s’affronter, s’affirmer. Centré sur le couple de cousins réunis, Zeitgeist Protest se resserre sur cinq personnages dont le plus profiteur, et le plus fugitif, est joué par Karabache lui-même. Signe de son empreinte en miroir dans une histoire dont le héros véhicule des relents de sa propre histoire.

Filmé comme une quête impérieuse, lancinante, Zeitgeist Protest échappe aux espaces balisés de Paris pour s’évader vers la côte tandis que des images libanaises épisodiques viennent larder le corps du film. Karabache pointe sa caméra comme une arme de précision, armure offensive contre la violence du monde. En ricochet, les cadres soigneusement composés, assurés par le chef opérateur Harris Thiéry Maisari, éclairent un environnement souvent oppressant, vu avec un esthétisme certain. Le montage parfois allusif, dû à Joe Blondin, restitue des blocs chaotiques de vies bardées de cicatrices.
Zeitgeist Protest sonne comme une alarme, résonne comme l’explosion terroriste d’une gare, creusant le silence épais qui règne en maître entre les personnages. Avec ses dialogues rares, ses musiques contrastées qui alignent, entre autres, des sons de Walmid Al-Wahab, Dee Nadjel, comme une chanson italienne, ancienne et romantique, le film de Christophe Karabache est prémédité comme un coup de feu contagieux. Produit avec un complice libanais, en toute indépendance, Zeitgeist Protest est l’amorce d’un combat incessant puisque, en fin de film, Karabache indique : « To be continued… »

Vu par Michel AMARGER
(Afrimages / Médias France),
pour Africiné Magazine

 

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