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article dans Bref, Cinex 10

Article dans Bref, magazine du court-métrage, sur le DVD Cinexpérimentaux #10

http://www.brefmagazine.com/pages/edition_livres.php?id_texte=641

Le Liban dans le coeur

Avec ce dixième numéro de Cinexpérimentaux, Frédérique Devaux et Michel Amarger commencent à explorer le cinéma expérimental ou essayiste non-occidental (de précédents opus ont été consacrés à Hanoun, Marti ou Dwoskin). Un portrait du cinéaste franco-libanais Christophe Karabache (né en 1979), suivi d’un de ses films, Zone frontalière (2007), familiarisent pertinemment le spectateur avec l’univers poétique, chaotique, brut, trash et profondément juste que porte l’artiste sur les réalités qui hantent et nourrissent depuis treize ans sa filmographie.

Le cinéma de Karabache est marqué, comme il le précise lui-même, par la mort de ses parents alors qu’il n’a qu’un an, au début de la guerre du Liban – guerre et après-guerre que tous ses films documentent de manière inquiète et corrosive. Il ne peut exprimer, extérioriser, ce trauma qui l’habite, l’obsède, qu’en cherchant des équivalences plastiques aux explosions des bombes, des chairs déchiquetées, des murs éclatés, par la pratique de prises de vues hachées, le choix de caméras usagées ou imparfaites (comme la vision trouble et troublée qui l’habite), la quasi-absence de montage, la mise en avant d’éléments “choquants”: viandes, égorgements de poulets, avec en toile de fond des ruines permanentes de villes et villages.

Christophe Karabache a été membre de l’atelier de cinéma expérimental l’Etna où il a mis au point son écriture brisée, fragmentaire mais d’une grande puissance visuelle.

Zone frontalière est un peu un condensé de tous les thèmes du cinéaste. le film est un parcours chaotique, composé d’éclats d’images, entre Beyrouth et le sud du Liban, après l’invasion israélienne de juillet-août 2006, qui opposa l’état hébreu au Hezbollah et, partiellement, à l’armée régulière libanaise. très inspiré par Les écrits corsaires de Pasolini, Karabache commente, avec une voix off pleine d’une rage non contenue, les effets pervers de cette guerre, en fait jamais terminée (groupes confessionnels et ennemis de l’extérieur déchirent, encore, le temps d’un attentat ou d’une invasion éclair, le pays), où engagements divers, confessionnalisme et société de consommation cohabitent de manière obscène et où l’on croise Che Guevara dans les vitrines de certains commerces.

Zone frontalière est un “pamphlet visuel” dans lequel les dissonances entre les images, et entre les images et les sons, soutenues par un commentaire à vif, où le personnel et le social se mêlent, façonnent une vision à la fois apocalyptique et quotidienne du vécu libanais. ¢e film est dédié à la première femme que Karabache a aimée : une prostituée!

Raphaël Bassan

http://www.brefmagazine.com/pages/edition_livres.php?id_texte=641

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Catégories :Articles et Interviews
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