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Entretien autour de DODGEM

Entretien et INTERVIEW avec Christophe Karabache autour de DODGEM, par Olivier Hadouchi (critique, historien du cinéma et programmateur):

Le Blog: http://rsomnambules.blogspot.fr/2014/03/entretien-avec-christophe-karabache.html

Conversation avec Christophe Karabache autour de « Dodgem »

 

Olivier Hadouchi : Pour commencer, peux-tu nous parler du titre de ton film « Dodgem » qui sort mercredi sur les écrans. Qu’est-ce que cela veut dire exactement « Dodgem » ?
Christophe Karabache : C’est venu par hasard. Au départ, je cherchais un titre pour mon film, j’hésitais entre plusieurs options. Je voulais quelque chose en rapport avec un mouvement de spirale, pour rendre l’idée d’une spirale qui tourne sans arrêt. Vers quatre heures du matin, le titre « Dodgem » m’est apparu, il veut dire « auto-tamponneuses » en anglais britannique. C’est un mot très peu connu.
O.H. : C’est l’idée de personnages qui s’entrechoquent ?

C.K. : De personnages qui s’entrechoquent, oui. De plus, le titre laisse une part de mystère pour le spectateur, il permet de ne pas être explicatif, c’est une métaphore. D’ailleurs, tu remarqueras que l’on ne voit aucune auto-tamponneuse dans le film, j’utilise uniquement le mot pour son sens métaphorique.

O.H. : Quelle est l’intrigue du film ? Où a-t-il été tourné ?

CK. : C’est le portrait d’un quartier instable dans une banlieue de Beyrouth. On peut identifier le quartier où j’ai filmé, mais en réalité, j’ai utilisé plusieurs endroits, plusieurs lieux différents. Tout a été réuni et rassemblé au montage. Au final, cela donne un quartier mixte non représentatif d’une seule communauté. Et la partie finale été tournée à la montagne, en pleine nature. Sinon, pour résumer on peut dire que Dodgem présente la relation étrange entre un transformiste (joué par Shaker Shihane) et une Espagnole venue à Beyrouth afin de poser pour des photos de mode interprétée par Vanesa Prieto. 

O. H. : Le transformiste est un artiste ?
C. K. : Oui, et il se présente en disant qu’il aime danser, qu’il est né dans la guerre et les massacres. J’ai pris des éléments de la vie réelle de mon acteur qui n’est pas un comédien professionnel, c’est un danseur, mais qui rend très bien à l’écran, je trouve.

O. H. : Et pour l’actrice espagnole, le personnage du mannequin ?

C. K. : Au début, je n’avais pas pensé forcément à un personnage de femme venue d’Espagne. J’ai choisi cette actrice pour interpréter le personnage féminin car j’ai trouvé qu’elle avait un côté naturel et instinctif très intéressant. Elle est aussi mannequin dans la vie et elle a joué dans quelques court-métrages en Espagne. Quelque part, elle joue aussi son propre rôle.
O. H. : Et cette spirale infernale comprend aussi un autre acteur.

C. K. : Oui, car c’est un trio. On trouve donc le personnage du mannequin (l’actrice espagnole), un transformiste et son amant. Lui, c’est un écorché vif, un traumatisé de guerre un peu fou. C’est moi qui joue le rôle de ce personnage d’écorché. C’est un triangle particulier, une relation explosive à trois personnes.

O.H. : La première scène donne le ton à venir. Un homme avec une cagoule saisit un lance-pierre et affirme son désir de meurtre, de haine et de destruction.

C.K. : Avec cette séquence d’introduction, j’annonce les meurtres et la spirale de violence à venir. En fait, c’est une répétition infinie de massacres, un cycle de vengeances et de combats fratricides qui ne semblent jamais pouvoir s’arrêter. Cette séquence s’adresse aussi au spectateur de cinéma. Je le préviens en quelque sorte, il doit s’attendre à être secoué et malmené.

O.H. : Dans « Dodgem » tu accordes une place importante au hors-champ.

C.K. : Le hors-champ est dicté par un choix économique et esthétique, car j’aime travailler les ellipses. Suggérer, offrir des visions partielles. Montrer, mais aussi cacher parfois. Pour moi, avoir un regard critique cela consiste avant tout à montrer les traits négatifs d’un pays. Ne pas hésiter à montrer ce racisme ordinaire qui fait qu’un Soudanais n’est pas considéré comme un membre de la société, il est une sorte d’invisible que l’on ne voit pas et ne montre pas en général. 

O.H. : D’ailleurs, tu ne te concentres par uniquement sur ton trio.

C.K. : Oui, car des personnages dits secondaires traversent le film. Je ne cherche pas à me focaliser uniquement sur des personnages principaux, j’apprécie les ruptures, les discontinuités, l’idée d’introduire dans la narration des éléments de la vie quotidienne qui basculent parfois, et des personnages extérieurs. On retrouve ce côté animal, organique et viscéral dans « Dodgem », car c’est mon tempérament, ma personnalité et ces éléments sont présents dans mon cinéma. 

O. H. : As-tu de nouveaux projets de films en ce moment ?

C.K. : Bien sûr, car pour moi, tourner, c’est un besoin vital, comme respirer, vivre, continuer à faire de nouveaux films… J’ai l’idée d’un trio entre une mère, son fils et la femme de son fils et pour le titre, je me suis inspiré d’un passage tiré des « Chants de Maldoror » de Lautréamont, « Moi seul contre toute l’humanité », que je pense réduire en « Contre l’humanité ». Mais en ce moment précis, je me concentre sur la sortie de « Dodgem », je pense qu’il devrait susciter des discussions et des réactions intéressantes. 

Entretien réalisé par Olivier Hadouchi avec Christophe Karabache en février et en mars 2014. 

« Dodgem » sort sur les écrans le 26 mars.

Dodgem Christophe Karabachem52s153Dodgem, Vanesa Prieto
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Catégories :Articles et Interviews
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