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ARTICLE sur Too Much Love Will Kill You, par Michel Amarger (Africiné)

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Too Much Love Will Kill You
Corps à corps au Liban

LM Fiction de Christophe Karabache, Liban / France, 2012
Sortie France : 23 janvier 2013Les échos de la guerre zèbrent comme des meurtrissures les films libanais, produits depuis les années 80. Les traumatismes des conflits engendrent des documentaires subjectifs, douloureux, et des fictions identitaires, en état de choc, dues à des auteurs réputés comme Jocelyne Saab (Une vie suspendue, 1984), Randa Chahal Sabbag (Civilisées, 1999), Khalil Joreige et Joana Hadjithomas (A perfect day, 2005), Ghassan Salhab (Le dernier homme, 2006) ou Danielle Arbid (Un homme perdu, 2007).
L’essor des caméras numériques permet de multiplier les points de vue, les dispositifs, les mises à distance tout en restant au cœur d’un malaise social fondamental qui sert de socle à l’inspiration des artistes. Ceux-ci transcendent alors la nécessité de reconstruction du Liban dans des histoires dramatiques, poétiques, parfois caustiques. Mais il est plus brutal de se confronter directement aux ébullitions du pays. Le choc devient frontal et peut même être explosif comme le montre Christophe Karabache avec Too Much Love Will Kill You, 2012.

Il projette sans ménagement, dans le tumulte de Beyrouth, une jeune Russe qui trouve monotone sa vie à Paris. Elle cherche à faire la danseuse dans un cabaret pour gagner de l’argent vite et s’étourdir du quotidien. Le chaos de Beyrouth la secoue, la cogne, la heurte de plein fouet. Elle y rencontre des hommes qui brûlent leur vie en se consumant pour les trafics, les armes, la prostitution, la drogue. L’argent circule et étourdit comme l’alcool. Beyrouth est la ville des plaies mal fermées, des crises perpétuelles, des violences incessantes. La jeune Russe fracasse sa jeunesse en côtoyant des marginaux, blessés et armés, avides de tirer avantage de ses charmes, de sa fraîcheur éphémère. Parmi eux, un proxénète désabusé et brutal, la prend sous sa coupe. Ils s’attachent sans le reconnaître. Ils se déchirent un peu plus. La fuite en avant semble la seule issue pour ne pas s’embourber dans une dérive sans fin.

En écrivant Too Much Love Will Kill You, Christophe Karabache offre à Beyrouth un chant d’amour et de dépit. Amour d’une ville vibrante, riche d’histoire, d‘énergie, de fierté et de paysages lumineux. Dépit d’une ville ravagée par la violence, les conflits, la démesure de la reconstruction forcenée et des sentiments exacerbés. En collant sa caméra face à des personnages en crise, le cinéaste fait surgir le chaos qui secoue les fondations de la société libanaise. Face à lui, et avec lui, les êtres se cognent, se déchirent, s’éprouvent, se dépassent, pris dans les convulsions d’une ville en perpétuel mouvement. La caméra épouse ce tourbillon en se posant pour mieux capter les têtes à têtes, les corps à corps dans des plans-séquences frémissants. D’autres scènes plus nerveuses inscrivent les relations des personnages dans des espaces révélateurs de Beyrouth.

Le film prend alors à contre-pied les archétypes et les clichés véhiculés sur la capitale du Liban. Christophe Karabache cogne passionnément sur sa ville natale comme sur les codes du cinéma usuel. Il bâtit son film par blocs, passant d’une séquence à l’autre avec des transitions rudes, comme jetées au milieu de l’action. Le traitement des images participe à la volonté de désacraliser les vues de Beyrouth comme celles des héros. L’héroïne, incarnée par Marina Kitaeva, vulnérable et peu engagée, semble plus repliée sur ses désirs immédiats qu’ouverte à la réalité qui la frappe. Le proxénète avec qui elle fait un bout de chemin, joué par le réalisateur lui-même, paraît aussi lucide que dévastateur, plus brutalement jouisseur que capable de faire évoluer sa société. Autour d’eux louvoient des durs cassés, des femmes opulentes dont le jeu animal participe au climat provocant du film.

Christophe Karabache manie la caméra comme une Kalachnikov, tirant à bout portant sur les tares de la société libanaise. Cinéaste impulsif, presque compulsif, il a fait ses armes en alignant des courts-métrages indépendants qui culbutent les visions de Beyrouth dans des formats divers. Ce travail sur l’image, engagé dans l’atelier de cinéma expérimental, l’Etna, à Paris, ouvre la voie à Beirut Kamikaze, 2010, une évocation fébrile des heurts et des fracas de la capitale libanaise.
Mâtiné par son goût de la mise en scène, de l’exploitation des acteurs, il signe Ali is good for Jesus, 2011, en s’affirmant résolument indépendant. Avec Too Much Love Will Kill You, il frappe Beyrouth comme pour mieux lui rendre hommage. Fort de l’adage disant : « Qui aime bien, châtie bien », Christophe Karabache sait même secouer vertement les spectateurs.

Vu par Michel AMARGER
(Afrimages / RFI / Médias France)

http://www.africine.org/?menu=art&no=11262

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Catégories :Articles et Interviews
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