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entretien et article sur Beirut Kamikaze – L’Orient-Le-Jour

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« Beirut Kamikaze », les « frustrations, désespoirs et obsessions » de la société libanaise 

 Propos recueillis par Charif BAGHDADI | olj.com | 21/11/2011

Cinéma libanais à Paris Le dernier film-documentaire de Christophe Karabache est projeté à Paris.

« L’errance d’un jeune garçon dans les banlieues de Beyrouth, montrant l’état profond d’une société libanaise dans ses frustrations, ses désespoirs, ses obsessions ». C’est ainsi que Christophe Karabache résume son film-documentaire, « Beirut Kamikaze », sorti dans une salle parisienne le 16 novembre dernier. Christophe Karabache est un cinéaste franco-libanais, né pendant la guerre civile au Liban. C’est à l’Université de Paris III-Sorbonne Nouvelle qu’il fait des études de cinéma avant d’obtenir une bourse pour un séjour d’études à l’ »University of Iowa » aux États-Unis. Christophe Karabache réalise des documentaires en forme d’essais mais aussi des fictions, et son travail est souvent qualifié d’expérimental. Karabache est d’ailleurs membre de l’Etna (atelier de cinéma expérimental à Paris). Son dernier film, « Beirut Kamikaze » propose une odyssée au cœur de la périphérie de la capitale libanaise. Le réalisateur va à la rencontre d’individus aux profils différents et présente son regard sur les traumatismes de la société. Un film cru et tranché qui, jusqu’à présent, a reçu un accueil mitigé de la part de la critique. (Sur Libé, sur Le Monde)

Christophe Karabache a répondu à nos questions.

Comment est né le projet du film « Beirut Kamikaze »?

« Comment vivre et confronter la sédition confessionnelle à Beyrouth ? Telle était la question qui me hantait et m’a poussé pulsionnellement à réaliser +Beirut Kamikaze+. Je suis parti à Beyrouth durant l’été 2010 avec l’idée de faire un film sur une ville meurtrie par des décennies de guerre à travers l’errance d’un jeune garçon dans les banlieues de la ville montrant l’état d’une société dans ses frustrations, ses désespoirs, ses obsessions. C’est un cri de révolte dans une ville ravagée où la tension est palpable ».

Quel est le message de votre film ?

« En plaçant la caméra dans les zones souterraines et marginales des bidonvilles, des ruines et des banlieues de Beyrouth, le film lance un regard à la fois déchiré et enragé sur un pays au bord de l’abîme, plongé dans l’ignorance et la violence. +Beirut Kamikaze+ dépeint le chaos, l’absurdité du quotidien, la cruauté et l’extrémisme d’un peuple bien divisé. La déambulation surréaliste du garçon portant un obus sur ses épaules questionne en fait l’identité libanaise, rend compte de la difficulté de vivre dans ce pays, où les gens sont perdus, vivent un véritable calvaire. Un témoignage au présent. Je me suis entièrement impliqué dans ce film, corps et vision. Et même si je fais un retour historique aux différents épisodes de la guerre civile, c’est pour mieux comprendre et critiquer notre présent justement ».

Les critiques parlent « d’un film expérimental », d’une « éructation, plutôt d’un brûlot politique ». Un commentaire sur ces qualificatifs ?

« La critique cataloguent constamment. Pour moi, ces termes sont plutôt des étiquettes ou des classifications. Mais sans doute, il y a aussi une gêne par rapport au style brut du film réalisé via une démarche radicale, sans concession et complètement libre. La caméra bouge et tremble, il y a des cadres instables, un rythme saccadé fait par un montage très haché. Le ton du commentaire est rageur. Si j’ai voulu filmer de cette façon, c’est parce que le pays est en lui-même instable, confus, en désordre total. Donc la forme du film rejoint le fond. Peut-être aussi que la critique occidentale attendait de voir un film exotique ou folklorique sur le Liban. Or +Beirut Kamikaze »+ montre un regard critique et désespérée sur une société à la dérive. Vis-à-vis du public, je ne suis pas complaisant, mais provocant. Pas une provocation gratuite, mais j’essaye de bousculer sa conscience. Il faut toujours brusquer le spectateur pour remuer sa conscience, sans avoir peur de le déranger, afin de l’aider si possible à voir les choses plus clairement. Une sorte de participation à l’œuvre. Malgré cela, je suis étonné positivement du succès populaire depuis sa sortie au cinéma à Paris ! »

Avez-vous déjà eu des problèmes au Liban (pouvez-vous en parler), et comptez-vous projeter votre film à Beyrouth ?

« En 2002, j’ai été interpellé à l’aéroport de Beyrouth par la Sûreté générale et placé en garde à vue dans une cellule pendant 24 heures, uniquement parce que j’avais montré une image négative de l’institution militaire dans un de mes premiers films. Concernant +Beirut Kamikaze+, je compte le soumettre à la prochaine édition du Festival du film libanais, « Né à Beyrouth ». Avec mon distributeur Visiosfeir, nous voulons le présenter dans une salle indépendante mais nous pensons tout de même que sa diffusion commerciale sera difficile au Liban vu que la censure est omniprésente et je pense qu’il n’y a pas une ouverture de la part des exploitants pour les films singuliers, hors-système ! Un DVD du film est en cours d’édition, ce sera donc un support intéressant pour diffuser le film parmi les Libanais. C’est crucial qu’un citoyen libanais regarde +Beirut Kamikaze+, c’est un film-miroir qui reflète une certaine vérité de la société actuelle ».

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