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La pureté du regard – article sur Christophe Karabache – NOUN, mai 2009

Christophe Karabache, la pureté du regard

 

 Ce cinéaste franco-libanais continue à « faire le cinéma comme une fête ivre ». Toujours dans la même démarche radicale et indépendante, il vient de présenter une fiction et prépare un documentaire. Entre les deux, il a lancé un manifeste. Pour que la passion du cinéma reste vive.

 Pour ce cinéaste qui déclare que seul le vécu personnel génère des œuvres vraies, un « bon film, c’est celui qui sème le trouble », et la « seule solution urgente, c’est d’agir avec un cinéma féroce, sauvage, vulgaire…mais qui vibre la vie ». Il ya comme un fracas de cocktail Molotov dans ses prises de position exprimées à la fois dans ses propos lapidaires et dans sa praxis du cinéma.

Révolutionnaire, agitateur ? Nullement. Car cela présuppose une idéologie de la libération qui viendrait à son tour s’imposer comme un système, donc comme une répression. En fait, Christophe Karabache est un empêcheur de penser en rond, et en rangs, qui n’a pas hésité à plusieurs reprises à exprimer son ras-le-bol. Comme ce fameux 14 mars dernier, où il a lancé son manifeste : « Le temps urgent d’une scission définitive ». C’était à l’Etna, à Paris, une association coopérative de cinéastes indépendants, dont il est membre. Dans le cadre d’une carte blanche qui lui était proposée, Christophe Karabache a montré « Tout va mieux », son premier film de fiction, puis a distribué son manifeste. La réaction de l’assemblée a été contenue ; pas de clash comme en 2005, quand on a voulu lui « casser la gueule » à cause d’un premier manifeste « plus violent, situationniste et lettriste », mais surtout des interrogations : Pourquoi avoir choisi ce moment et pourquoi cette colère contre le milieu du cinéma expérimental, avant-gardiste ?

Christophe Karabache s’explique : « Le milieu du cinéma est ‘système’. Il ne faut pas se leurrer, il s’agit toujours de confrontation avec des réseaux, des clans, des copinages…La colère, c’est quand j’ai constaté que le cinéma soi-disant expérimental, avant-gardiste ou indépendant, qui te montre une certaine image de liberté, d’anticonformisme, est, en coulisses, tout à fait conforme aux lois du marché. On y est enchaîné dans les mêmes rapports de pouvoir, de sélection, de hiérarchie, que l’on trouve dans le cinéma dominant. Au moins ce dernier révèle ses cartes. L’institution culturelle est un pouvoir qui sélectionne ses abonnés selon des critères arbitraires. »

Ce cinéaste sauvage qui se reconnaît en Buñuel, Pasolini et Fassbinder – bien qu’il se désiste de tout « héritage cinématographique direct » -, a réclamé dans son manifeste la « décapitation définitive des esthètes » et proclamé « l’abolition de tout film bien-pensant consensuel ». Tout un programme d’action qu’il concrétise en images-sons depuis maintenant quelque 8 ans et 14 films. Tel dans son dernier opus, « Tout va mieux », au récit anti-narratif (comme on dit « anti-héros »), qui non seulement trouble mais choque. Le cinéaste expose devant sa caméra d’entomologiste une humanité en dérive sur le radeau de la frustration, de l’impuissance et de l’incommunicabilité. Optant sciemment pour la vulgarité, la laideur, la médiocrité des situations et des personnages, l’auteur atteint les côtes arides et déchiquetées d’un cinéma brut, cruel, intense et déjanté, qui agresse et le comédien et le spectateur. Christophe Karabache est radical sans chercher à l’être. Ce qui importe pour lui, c’est son éthique : la pureté du regard. Pas de moralité ni d’idéologie qui compte, l’important est de ne pas faire œuvre de faussaire. Lors de sa venue au Liban, en mars dernier, le jeune cinéaste franco-libanais a arpenté en autobus le trajet Beyrouth-Liban-Sud, en préparation à son prochain projet. « C’est un film mélangeant fiction et documentaire, qui retrace l’itinéraire d’un bus faisant la navette entre Beyrouth et le Sud, révèle-t-il. Le point de vue sera uniquement celui de la caméra à l’intérieur du bus, qui filme les passagers, qui observe ce microcosme éphémère et ambulant. Captation du réel et mise en scène à la fois, le pari est de brouiller les limites entre fiction et documentaire. »

Ce nouveau film sera le second produit avec Cinémorphose, une société de production fondée par Ali Gül Donmez, un cinéaste kurde de Turquie et compagnon de création de Christophe Karabache : « C’est très agréable de faire des films entre amis. Des films à petit budget avec du matériel léger, pour filmer avec passion, en dépassement du formalisme et du technicisme. J’adore la liberté et la fraîcheur dans l’acte de création. »

Johnny Karlitch (revue NOUN – mai 2009)

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Catégories :Articles et Interviews
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