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Article sur Christophe Karabache, par Johnny Karlitch, revue NOUN (octobre 2008)

Christophe Karabache

CHRISTOPHE KARABACHE

La Possibilité d’une Individualité

 « Cruellement, brutalement et naturellement, les choses de la vie sont là. Il suffit d’aller à leur rencontre sans essayer de maquiller ni de tricher », révèle ce jeune cinéaste iconoclaste. Ainsi va son cinéma, avec cruauté, brutalité et simplicité.

Sur l’écran anticonformiste de la 7e édition du Festival du Film Libanais …né.à Beyrouth, une trentaine de films libanais – entre courts métrages, documentaires et essais – ont essayé, du 21 au 26 août, avec plus ou moins de vigueur, plus ou moins de maturité, d’engager le dialogue avec chaque spectateur, de susciter sa curiosité intellectuelle, d’initier sa participation affective. Du lot a émergé, pour nous, une œuvre singulière d’un auteur singulier, qui en était à sa quatrième participation au festival : Christophe Karabache.

Fulgurances d’un chaos reconstructeur

Ce jeune cinéaste franco-libanais de 29 ans a rejoint presque instinctivement, à son arrivée à Paris en 2000, la mouvance expérimentale et libertaire d’un cinéma avant-gardiste de questionnement. Après une enfance et une adolescence meurtries par la guerre et un environnement politico-idéologique oppressif, selon ses dires, il était donc naturel qu’il cherche non seulement un exutoire à sa révolte comprimée mais un médium d’expression approprié. Il l’a trouvé à l’Université de Paris X et à Paris III-Sorbonne Nouvelle, où il a obtenu une bourse de master pour l’Université d’Iowa aux USA et où il effectue actuellement un doctorat d’études cinématographiques.

De ses premières années de campus, Christophe Karabache revient sur sa rencontre avec le cinéaste ethnologue, Jean Rouch, l’un des pionniers de la Nouvelle Vague : « Une rencontre déterminante ! Jean Rouch m’a appris une grande leçon ; deux, plutôt. Tout d’abord, les « meilleurs » films sont ceux des amateurs ; ensuite, on n’apprend pas le cinéma rien qu’en faisant des écoles mais en descendant dans la rue, caméra au poing. »

Des propos qui ont trouvé en Karabache un champ fertile puisqu’il ne tarde pas à acquérir une caméra Super 8mm d’un cinéaste italien ainsi qu’une visionneuse et une colleuse : « C’était en 2001, se souvient-il avec un sourire, en plein boom du numérique. Et moi, je montais mes films de manière « artisanale », à couper, coller…Heureusement, car c’était une bonne formation. Pourtant, je ne suis pas – ou plus – un fétichiste de la pellicule. Ensuite, je n’ai pas tardé à passer au format 16mm. A paris, j’ai fait connaissance de l’Etna, un collectif de cinéastes-vidéastes occupant un atelier de 150m² bourré de matériel cinéma argentique et numérique. J’y ai adhéré et j’ai continué à produire mes petits films expérimentaux, radicaux, des films de détournement, de recyclage-collage. J’ai beaucoup appris en montant des images filmées par d’autres. » En faisant du « sampling » créatif, Christophe Karabache marquait ainsi son territoire sémantique en se réappropriant le langage du cinéma pour le déconstruire, le désintégrer, exprimant un tempérament dadaïste qui a pu se manifester virtuellement sur le plan de la représentation. Comme il l’a si bien exprimé sur son blog, « face au cinéma dominant, courtois, bourgeois, exploité, je ne vois qu’une solution urgente, celle d’agir avec un cinéma féroce, sauvage, vulgaire, barbare, brutal, médiocre, mais qui vibre la vie ! »

Cette prise de position donnera ‘entre autres, c’est-à-dire 13 courts radicaux) « Suxion propaganda », un « crachat pamphlétaire agressif » en 2004 (visionnable sur YouTube), « Sévices ektachromatiques » toujours en 2004, un « ready-made instinctif, un cadavre exquis », « Kinoptik » (2005), « un voyage de violences, de plaisirs et de troubles, entre deux cultures : Beyrouth et Paris », « Mondanités » (2006), un « montage parallèle percutant, alternant des scènes de torture et des images d’abattoir », « Trans society » (2008), une tentative de briser les clivages ethniques, idéologiques, en effectuant un trans-autoportrait, ces trois films ayant été projetés à …né.à Beyrouth dans ses différentes éditions.

« Dans « Trans society », révèle le jeune auteur, j’ai voulu, en filmant Ali, ce réfugié kurde, militant socialiste et étudiant en cinéma, me « filmer » moi-même. Le film se présente comme une errance entre les Etats-Unis, la France et le Liban, le reflet de mon errance propre puisque, moi aussi, j’ai vécu en France et aux Etats-Unis aussi bien qu’au Liban. Pour moi, c’est un film charnel qui montre en filigrane la recherche d’une enfance perdue. Que voit-on dans « Trans society » ? Des ruines, des clochards, des marginaux, des morts, des détritus, un mec paumé…Car j’ai vécu parmi les morts depuis mon plus jeune âge, et j’ai été blessé par la guerre psychologiquement et corporellement. »

En découvrant « Trans society », projeté lors de la dernière édition du Festival du Film Libanais, l’impression immédiate qui saute aux yeux à la vision même, c’est la virtuosité d’un montage qui intègre dans une continuité intelligible et avec une dramatisation expérimentale l’absurde cruauté d’un monde qui se dégage d’une profusion d’images captées dans trois pays divers.

Au-delà de l’étiquette « politiquement incorrect, marginal et subversif » que l’on peut apposer sur son œuvre, Christophe Karabache produit un cinéma riche de sens autre, un cinéma singulier d’un individu unique au sens stirnérien, une œuvre intelligible dans un codage qui s’inscrit contre, à contre-courant, et surtout un cinéma très, très poétique. Car c’est la spécificité de la poésie, de faire voir la lumière qui luit dans les ténèbres.

Johnny Karlitch

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Catégories :Articles et Interviews
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